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 ELIOTT ҩ Il n'y a qu'un dieu. Le dieu de la mort. Et tu sais ce qu'on lui dit ? Pas aujourd'hui. [Validé]

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Eliott C. O'Phelan

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Age du personnage : 25 ans.
Bateau/Equipage : Aucun pour le moment, ancien membre de l'Artiglio.
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MessageSujet: ELIOTT ҩ Il n'y a qu'un dieu. Le dieu de la mort. Et tu sais ce qu'on lui dit ? Pas aujourd'hui. [Validé]   Dim 2 Oct - 19:10


O'PHELAN

ELIOTT, CINHEAD



~ Identité ~

Nom : O'Phelan, un nom de famille typiquement Irlandais.
Prénom : Eliott est son prénom prénom. Le second est Cinhead, il le tient de son père.
Surnom : Ely (prononcer ilaille).

Age : 25 ans.
Date de naissance : 1er Avril, très drôle, non ?

Sexe : Masculin, aux dernières nouvelles.
Race : Humain.

Orientation sexuelle : On n’a jamais vraiment laissé Eliott choisir. Néanmoins il semblerait avoir une préférence pour la gent masculine.

~ Piraterie ~

Nom de pirate : Ghost, à cause de la couleur étrange de ses cheveux et sa capacité à se montrer incroyablement discret.
Nom du bateau : Eliott se trouvait à bord de l'Artiglio il y a encore quelques semaines. Il fait désormais partie des Pirates qui se cherchent un navire.
Poste sur le bateau : Eliott avait plusieurs fonctions. La première était de servir aveuglément son Capitaine, peu importe la tâche qu'il lui confiait. La seconde était de transmettre ses ordres au Capitaine en second, et enfin, sa troisième fonction était d'employer ses talents d'herboriste afin de soigner l'équipage.
Depuis combien de temps : Eliott accomplissait ces tâches depuis l'âge de quatorze ans.



~ Apparence ~

Physique : Une chose est sûre, Eliott ne fait pas partie de ces types qui impressionnent au premier regard. Bien au contraire, puisque seule la protection d'Amoretti l'empêchait d'avoir le moindre ennui à bord de l'Artiglio. Il est plutôt grand, mesurant environ un mètre quatre vingt cinq, mais il n'est pas très épais. Il doit peser soixante quinze kilos, tout au plus. Il arrive régulièrement que les gens prennent Eliott pour une fille. En effet, son visage fin à la peau pâle et délicate ne possède absolument aucun trait masculin. Au contraire, ils sont doux, raffinés. Son nez fin surplombe une bouche aux lèvres pleines semblables à deux pétales pâles. Ses yeux gris en amande sont ourlés de longs cils noirs qui lui donnent un regard particulièrement envoûtant, mais toujours très féminin. Ses longs cheveux blancs attirent l'attention et n'ont pas tendance à arranger sa situation, mais Eliott ne peut consentir à les couper. Il les porte donc longs, mèches éclatantes qui barrent son regard orageux. Il arrive parfois qu'il les attache afin de ne pas être gêné.
Ce physique a toujours donné honte à Eliott qui envie les épaules carrées de certains mousses. Néanmoins, il a du apprendre à vivre avec cela et a tout fait pour paraître plus masculin. Ainsi, grâce à des années d'entraînement, son torse est devenu plus musclé. Il possède des fesses rondes et fermes, lui offrant une chute de reins à en damner un saint, ainsi que de longues jambes taillées pour la course. Son corps est souple et agile, lui conférant une rapidité incroyablement utile.
Style vestimentaire : Eliott n'a pas vraiment les moyens ni l'occasion de porter de riches soieries. Il se contente de chemises en lin blanches, de pantalons tout aussi simples et de bottes en cuir. Il possède un long manteau noir ainsi qu'une paire de gants et une écharpe rouge et c'est là tout le luxe qu'il peut s'offrir.
Signe particulier : Ses oreilles ont été percées à plusieurs reprises et il possède quelques cicatrices, ici et là. Eliott possède également un marquage au fer rouge sur l'épaule gauche qui représente un loup en train de hurler, le symbole du Capitaine Amoretti.



~ Psychologie ~

Caractère : Les expériences façonnent notre caractère. Cette phrase n'aurait jamais pu être plus juste. Eliott était un petit garçon vif, enjoué et turbulent. Ses parents avaient souvent du mal de l'empêcher de courir partout ou de semer la zizanie sur son chemin. Bagarreur sur les bords, il lui arrivait même de martyriser ses petites soeurs et d'en récolter de sévères punitions. Mais l'année de ses quatorze ans, sa vie bascula totalement et le garçon apprit à ses dépends qu'on ne lui permettrait plus d'agir en enfant. Il se retrouva obligé de grandir très vite - bien que l'on soit déjà un homme, à quatorze ans, disait son père - et d'assumer les responsabilités qui allaient avec. Ainsi, Eliott devint quelqu'un d'extrêmement discret. Lui qui était bruyant et adorait se faire remarquer devint aussi silencieux qu'une ombre. Désormais, le jeune homme ne parle que si on lui demande de le faire, n'offre son point de vue que si on le lui ordonne. S'il prenait un malin plaisir à désobéir sans prendre la peine de réfléchir aux conséquences, c'est maintenant tout le contraire. Eliott passe son temps à réfléchir. Il tricote des scénarios pour chaque situation, calcule, anticipe. Il n'est plus question d'être impulsif, Ely est devenu incroyablement manipulateur.
S'il obéit, c'est pour avoir la paix, s'il rend service, c'est pour obtenir quelque chose en retour, un jour. Eliott se met les gens dans la poche, déteste se faire des ennemis. Mais il manipule par instinct de survie, pas par méchanceté. Le jeune homme cache bien son jeu et c'est surtout pour passer inaperçu. Ainsi, rares sont les personnes qui le connaissent réellement, puisqu'il arbore un masque en permanence, mais c'est un garçon sensible et sincère. Il est difficile pour lui de contrôler sa trop grande franchise et de ne pas afficher ses sentiments en permanence. Eliott est quelqu'un de dévoué et loyal pour quiconque le respectera, mais sa rancune est incroyable et ses ennemis n'ont plutôt pas intérêt à afficher la moindre faiblesse s'ils ne souhaitent pas qu'il en profite.
Car Eliott peut se montrer incroyablement sournois. Il ne parle pas beaucoup, mais qu'est-ce qu'il observe ! Les habitudes des autres, la moindre différence, rien ne lui échappe, et il est du genre opportuniste. Si une occasion se présente devant lui, Ely ne la laissera jamais filer. Il est malin, voire même très intelligent. Amoretti l'ayant aidé à se cultiver en lui apprenant à lire, c'est un grand service qu'il a rendu à son esprit vif et Eliott ne peut que l'en remercier.
Aime : Manger, les alcools forts, la musique, les couchers de soleil, les plantes, la mer, les armes blanches.
Aime pas : La crasse, la nourriture trop sucrée, les armes à feu qu'il trouve absolument anti esthétiques.
Loisirs : Ecrire, une activité qui le détend. Il lit énormément, son Capitaine possédait une collection de livres époustouflante et lui a appris à lire, pour son plus grand plaisir. Il aime également écouter de la musique quand il en a l'occasion.
Talents : Eliott est un excellent herboriste. Les propriétés des plantes, les associations à faire, il les connait toutes, jusqu'aux plus grands poisons. C'est également un fin bretteur et un bon cuisinier. Il écrit plutôt bien mais n'a pas la prétention de penser que c'est le cas.



~ Sociabilité ~

Famille : Sa mère est morte alors qu'il avait une dizaine d'années. Il ignore ce que sont devenues ses soeurs et son père.
Amis : Si Eliott en a eu, ce n'est désormais plus le cas. Le Capitaine Amoretti a peut-être été un ami, à un moment donné. Le Capitaine en Second et quelques officiers également.
Collègues : Tous l'équipage de l'Artiglio le connaissait, travaillait avec lui, mais Eliott les a quittés.
Ennemis : Le Capitaine de l'Artiglio et son équipage sont sans doute ses ennemis numéro un, désormais.
Amour : Il était l'amant d'Amoretti, l'a peut-être aimé il y a quelques années, il ne sait plus trop.

~ Hors Rpg ~

Toi : ton nom/surnom : Marion, Moony.
Depuis combien de temps fais-tu du RPG : Depuis environ 7/8 ans.
Ton niveau : Plutôt bon.
Ta disponibilité pour le forum : J'suis à la fac et ça me demande beaucoup de boulot, donc je serai là les week-ends et quelques soirs (ainsi que la journée, parfois), mais disons que je ne pourrai pas poster tous les jours.
Comment as-tu connu Myrajh ? : Euh, de partenariats en partenariats, je crois.





Dernière édition par Eliott C. O'Phelan le Mar 4 Oct - 17:12, édité 8 fois
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Eliott C. O'Phelan

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MessageSujet: Re: ELIOTT ҩ Il n'y a qu'un dieu. Le dieu de la mort. Et tu sais ce qu'on lui dit ? Pas aujourd'hui. [Validé]   Dim 2 Oct - 19:11


~ Histoire ~




Il m’est difficile de parler de mon enfance. Pas parce qu’elle fut particulièrement douloureuse, mais pour la simple raison que cette période de mon existence me paraît lointaine, floue. Si éloignée de l’être que je suis désormais que j’ai l’impression d’avoir commencé à vivre l’année de mes quatorze ans, que mon enfance est celle d’un autre. A vrai dire, je ne me reconnais pas dans ces souvenirs rongés par l’eau de mer. Comme si, au lieu de sortir cramoisis de cris d’entre les cuisses de ma mère, j’avais en vérité été mis au monde par Amoretti. Cette cruelle vérité ne fait qu’empirer cette sensation que j’ai depuis des années. Cette sensation de n’avoir ma place nulle part.
Ce monde n’est pas le miens. Est-ce lui qui ne me ressemble pas assez, ou est-ce moi qui fait tâche dans le décor ? Je n’en sais rien, mais les faits sont là. Je n’étais pas à ma place, chez moi. Je n’y étais pas non plus à bord de l’Artiglio et encore moins maintenant, dans les rues de Myrajh.



———————— ϾҨϿ ————————

Je suis venu au monde dans une famille de pêcheurs, au nord de l’Irlande. Mon père travaillait dur et ma mère se retrouvait souvent seule à la maison pour nous élever, mes sœurs et moi. Kerrianne et Lilianna étaient toutes deux plus jeunes que moi et aidaient mère du mieux qu’elles pouvaient dans les tâches quotidiennes. Si le visage de mon père m’apparaît difficilement, celui de ma mère est encore profondément ancré dans ma mémoire. Il faut dire que j’ai l’impression de la revoir à chaque fois que je croise mon reflet. Grande et élancée, elle possédait un visage pâle aux traits délicats qui semblait ne pas s’accorder avec on état de simple femme de pêcheur. Mère avait de grands yeux bleus dans lesquels se lisaient la bonté et la malice, ainsi que de longs cheveux d’or qui émerveillaient tout le village, je m’en souviens encore.
Nous connûmes des périodes difficiles. Il arrivait souvent que mère soit obligée de se priver afin de nous nourrir correctement. La misère ne lui seyait pas. Il m’arrivait souvent de songer qu’elle n’était pas à sa place, parmi la crasse et les illettrés. Je l’imaginais vêtue de riches soieries, comme ces dames que nous croisions parfois, blottie au coin d’un feu, un livre à la main ou occupée à broder de belles robes qu’elle porterait par la suite. Ses mains délicates n’étaient pas faites pour raccommoder des filets de pêche. Enfant, je possédais une imagination incroyable, il paraît qu’il s’agit là du lot de tous les bambins ; mais j’aimais croire qu’un jour, un riche homme viendrait arracher Mère de toute cette misère pour la conduire dans un de ces vastes châteaux.
Mais elle ne se plaignait jamais et avait pour habitude de me caresser tendrement les cheveux, un sourire amusé aux lèvres lorsque je lui faisais part de mes rêveries. Sa place, me disait-elle, était ici, auprès de ses enfants adorés qu’elle se devait de nourrir et protéger en attendant le retour de son mari. Ils ne s’accordaient pas. Mon père avait les cheveux aussi noirs que les siens étaient blonds, et la peau aussi tannée par le soleil que la sienne était pâle. Ma mère était fine et délicate, père était fort et bourru.

J’aimais ma mère plus que tout au monde. Le vieux Clay, notre voisin, se plaisait à dire que j’étais son portrait craché, tandis que mes sœurs avaient hérité des cheveux et du teint de notre père. Cette ressemblance, je la chérissais, et même si je n’étais qu’un enfant, je m’étais alors senti investit du devoir de la protéger, coûte que coûte. Ainsi, je l’aidais autant que possible et m’employais à chasser le moindre danger loin de notre maison. Certes, je ne servais pas à grand-chose et n’aurais rien pu faire contre des hommes décidés à nous nuire, mais cela me plaisait de penser que mère était en sécurité grâce à moi. Cela me gonflait le cœur que de penser que contrairement à notre père, je ne l’abandonnais pas.
Je n'étais pas un enfant facile, à part pour elle. Je faisais vivre un enfer à mes soeurs, à mon père dés qu'il rentrait à la maison, le punissait de ne jamais y être. Le Père Kendry n'hésitait pas à dire à qui voulait l'entendre que le démon m'habitait. Pourquoi pas. Peut-être que le sourire angélique de ma mère était la seule chose capable de me désarmer totalement.

L'année de mon dixième anniversaire annonça le début des temps de malheurs. Une terrible fièvre s'empara du corps fragile de ma mère, la faisant trembler et délirer chaque nuit, jusqu'à ce que la maladie l'emporte. Nous nous retrouvâmes définitivement seul, alors que père était encore en mer. Armé d'un couteau à viande que j'avais aiguisé jusqu'à m'en faire une arme incroyablement tranchante, je refusais alors que l'on approche du cadavre de ma mère. Seules mes soeurs et moi avions le droit d'entrer dans sa chambre minuscule et les villageois renoncèrent à nous faire sortir de là, préférant attendre le retour de Père.
Lorsqu'il rentra, il nous retrouva dans la chambre, au pied du lit de notre mère. La fatigue avait creusé des cernes sous mes yeux, et mon regard était celui d'un animal sauvage. Je faillis ne pas le reconnaître et planter ma lame dans son estomac, mais il me désarma en une seconde à peine. La mort de Mère signa notre fin à tous.


———————— ϾҨϿ ————————

Moi qui avais longtemps pensé que mon père n’éprouvait rien pour Mère, je fus forcé de constater qu’il n’en était rien. Sa mort le plongea dans une profonde déprime. Ne supportant plus de voir son fantôme dans chaque pièce de la maison, il la vendit, ainsi que son bateau de pêche et se servit de l’argent obtenu ainsi que de ses économies afin de quitter l’Irlande. Nous nous rendîmes tous les quatre au sud de l’Angleterre où il disait pouvoir trouver de l’argent plus facilement. Il ne voulait plus partir loin de nous alors qu’il n’y avait plus personne pour nous élever. La disparition de Mère nous transforma tous. Kerrianne, d’un an ma cadette, devint plus sûre d’elle et entreprit d’assumer le rôle de maîtresse de maison. Lilianna quant à elle sembla retomber dans la prime enfance. Pleurant pour un rien, terrifiée par le monde entier. Père se rapprocha de nous et quant à moi, je devins plus sauvage encore que je ne l’avais été. Je ne supportais pas d’avoir quitté l’Irlande, de ne pas pouvoir entretenir la tombe de mère ni me recueillir dessus quand j’en avais envie. J’avais cessé de parler et si Kerrianne parvenait à me comprendre, Père était complètement perdu et ignorait comment faire avec moi. Je m’enfuyais souvent, la nuit. Je partais me réfugier sous les étoiles, priant pour que l’une d’elle soit ma mère et m’observe toujours, là où elle était. Je récoltais de sévère punitions pour ces escapades, mais elles ne m’empêchaient pas de recommencer.

Nous avions quitté l’Irlande soi-disant pour trouver du travail plus facilement. Je me mis au service d’un vieil herboriste dont les rhumatismes le faisaient trop souffrir pour qu’il passe des journées entières à croupetons pour cueillir des herbes. Le boulot n’était pas trop dur et me permettait de passer mes journées dehors, ce qui n’était pas pour me déplaire. J’appris à différencier les plantes ainsi que les techniques de conservation qui leur permettaient d’être utilisables en hiver. J’appris également à récupérer la sève, puis, au fur et à mesure, à faire certains cataplasmes et divers décoctions simples. Je ne ramenais pas énormément d’argent à la maison, mais c’était déjà ça, et c’était toujours mieux que père.
Ne trouvant pas de travail adéquat – on le jugeait trop vieux pour entreprendre l’apprentissage d’un autre métier – et toujours blessé par la disparition de Mère, il se plongea dans la vinasse et les jeux d’argent. Mon père devint une loque inutile que nous devions porter Kerrianne et moi afin de le sortir de la taverne où il s’était endormi, baignant dans la picrate et son propre vomis. Il me dégoûtait et notre situation ne tarda pas à faire le tour. Nous passâmes des enfants du Pêcheur aux « piots d’c’t’envinassé d’Irlandais ».

Je me mis à remercier les cieux que Mère ne soit plus là pour voir ce qu’il était devenu, ce que nous étions devenus, et qu’elle n’ait pas à subir les quolibets de ces commères de bonnes femmes. Je ne supportais plus d’entendre ces mères de famille bien pensantes me donner du « pauvre petit », d’entendre des « regarde-le, si maigre et obligé de travailler pour nourrir ses sœurs ». Je devins encore plus agressif, si bien que l’on ne m’appela plus que Le Fol. Ce surnom me faisait ricaner et je me plaisais à terrifier ces vipères qui osaient cracher sur notre nom. Ils ne savaient rien.
Ils n’avaient aucune idée des ecchymoses qui barraient les bras de Kerrianne après chaque fois qu’elle se dressait contre père pour l’empêcher de nous ruiner à la taverne. Ils n’avaient aucune idée des larmes que Lilianna laissaient échapper quand elle assistait à ce spectacle, impuissante. Ils ne savaient pas que je ne récoltais pas mes bleus en me battant dans la rue, mais en allant coucher mon ivrogne de père, ou en remplaçant Kerrianne lorsque cette dernière n’en pouvait plus de devoir jouer le rôle de Mère.

Nous n’étions que des gosses et pourtant, nous étions plus adultes que notre propre père. A force de jouer, il s’endetta tellement que l’argent que mes sœurs et moi gagnions en travaillant ici et là ne suffit plus à rembourser ce qu’il avait emprunté pour jouer. Et un soir, Père perdit face à la mauvaise personne. Ce soir-là, je venais à peine de fêter mes quatorze ans et Kerrianne avait suffisamment économisé afin que l’on puisse déguster une pièce de viande qu’elle avait passé l’après-midi à cuisiner. Nous étions à table, tous les trois, sans une pensée pour père, puisque penser à lui n’était qu’humiliation et souffrance, lorsque la porte s’ouvrit avec fracas sur trois hommes qui tenaient fermement notre géniteur. Le premier, qui l’avait soulevé par le col de sa chemise trouée et tâchée de vin, était immense, majestueux. Il ne semblait pas avoir plus de vingt cinq ans et était richement vêtu. Une magnifique rapière reposait contre sa hanche gauche et il était flanqué de deux montagnes de muscles crasseuses.

Cet homme était Alessandro Amoretti, le célèbre et ô combien terrifiant Capitaine de l’Artiglio. Père avait joué et perdu, sans pouvoir payer Amoretti, et seul un fou pouvait penser s’en sortir dans une telle situation. Un fou, ou un ivrogne. Mon père était un pleutre, aussi avait-il crié qu’il avait de quoi payer chez lui, lorsque le Capitaine avait fait mine de vouloir le transpercer avec sa lame. Il avait juré avoir chez lui deux filles. Deux filles qu’il trouverait à son goût, deux charmantes petites filles qui auraient bien une utilité sur un bateau remplis de pirates.
Mais en pénétrant dans notre maison, les yeux d’Alessandro ne s’étaient à peine posés sur Kerrianne et Lilianna que déjà, son regard me transperçait de part en part. Il relâcha mon père, le laissant retomber lourdement sur le sol, et un frisson de dégoût me traversa à la vision de cette épave. Puis Amoretti se rapprocha de moi, ses longs cheveux noirs balayant son manteau sombre. « Quel est ton nom ? » me demanda-t-il d’une voix rauque, semblant venue des confins de la terre. « Quel est le vôtre ? » répliquai-je, une lueur de défi dans le regard, et son rire puissant ébranla la charpente de notre ridicule demeure. « Garde tes filles O’Phelan, elles n’exciteraient pas le plus affamé de mes hommes. Je prends le garçon. »

Et il ne dit rien. Kerrianne cria, supplia que l’on me relâche, Lilianna se mit à pleurer tandis que les molosses d’Amoretti me saisissaient. Les yeux écarquillés, je me tournai une dernière fois vers mon père pour voir qu’il me fixait, l’air soulagé.


———————— ϾҨϿ ————————

C'est la dernière fois que je les ai vus. Kerrianne, Lilianna, mon couard de père. J'eu beau crier pour qu'ils me relâchent, les mâtins d'Amoretti me traînèrent loin de chez moi, sous le regard amusé de leur Capitaine. Nous chevauchâmes toute la nuit et nous reposâmes la journée, un rythme qui me parut follement étrange. Nous nous éloignâmes des régions les plus fréquentées pour arriver à un minuscule port où nous attendait une barque, qui nous conduisit vers le large où se dressait l'Artiglio, terrible bâtiment aux voiles immenses. En tant que fils de pêcheur, je connaissais bien la mer, mais cela ne m'empêchait pas de la craindre.
Tout bon marin se doit de la craindre autant qu'il la respecte s'il ne souhaite pas voir son bâtiment se faire retourner par une lame de fond un beau matin. Amoretti respectait la mer mais il ne la craignait pas. Non, il l'aimait, la chérissait, jouait et dansait avec elle, mais en aucun cas il ne la craignait.

Oisillon terrifié et détrempé, je mis un premier pied sur ce vaisseau effrayant et me retrouvai immédiatement emmené dans la cabine du Capitaine. Lui qui ne m'avait pas adressé un seul mot de tout le voyage, m'avait forcé à la fermer à renforts de gnons dans la figure, me fit asseoir en face de lui et se mit à parler. A parler, encore et encore. Il me dit que désormais, mon ancienne vie ne comptait plus. Que mon père et mes soeurs n'avaient jamais existé, que mon seul but était de le servir aveuglément, quelque soit l'ordre. Il m'annonça que j'allais devenir son serviteur, que je ne le quitterais plus, excepté s'il me le demandait. Que je serais chargé de l'assister dans la moindre tâche et qu'en contrepartie, je serais bien traité, qu'il m'apprendrait à lire, ferait de moi un garçon intelligent et cultivé, que j'aurais plus de droits sur l'Artiglio que le plus ancien de ses mousses. Je lui demandai pourquoi, et il me répondit par un sourire goguenard.


———————— ϾҨϿ ————————

Amoretti est un homme d'honneur, aussi respecta-t-il chacune de ses promesses. Il m'apprit à lire, fit de moi son second avant son second, m'apprit la littérature et les sciences, l'art de lire une carte, tout ce que j'avais à savoir sur la navigation. La jalousie ne tarda pas à secouer les rangs de l'Artigio, mais Alessandro Amoretti inspirait assez la terreur pour que l'on ne touchât pas à son Oisillon, comme ils m'appelaient.
Le quotidien du Capitaine devint le mien, ses besoins, ses envies, le moindre de ses désirs, passèrent avant les miens. La journée, je transmettais ses ordres. Je l'aidais à s'habiller, lui tenais compagnie, lui portais son thé le matin et en fin d'après-midi, son verre d'alcool le soir.
Je ne devins pas un être obéissant du jour au lendemain. Les premiers mois, je faisais tout pour lui déplaire, priant ainsi pour qu'il se lasse de moi et me laisse partir, mais Alessandro me prouva bien vite que malgré ses airs d'adolescent, il n'était pas le Capitaine de l'Artiglio pour rien. Un soir, il découvrit ses longues canines que j'avais jusqu'ici trouvées bien étranges et me prit de force, comme l'on prend une femme, tout en s'abreuvant de mon sang.

Humilié et terrifié à l'idée qu'il recommence, que ça se sache, je devins le plus serviable, le plus dévoué et le plus obéissant de ses hommes. Voilà pourquoi ils le craignaient tous, pourquoi il était Capitaine d'un bâtiment dont le nom faisait frémir tout le monde, voilà pourquoi il savait tant de choses que l'on ne pouvait apprendre en quelques vingtaines d'années. Alessandro Amoretti était un Vampire, une de ces créatures dont les Prêtres et les bonnes femmes parlent pour effrayer les enfants, menacer les pêcheurs et les pousser à se confesser. Amoretti était un être des ténèbres et je réalisais bien vite que je ne faisais pas le poids face à lui.

J'haïs Amoretti. Il me dégoûta, me terrifia. Puis quelques années passèrent et j'appris à tout connaître de lui si bien qu'il m'apparut différemment. Je crois même que j'en vins à l'aimer. Satisfaire ses envies devint moins humiliant, sentir ses canines traverser la peau de mon cou ou de mes cuisses devint moins douloureux, de plus en plus délicieux. Mais plus je me rapprochais de lui, plus Alessandro se mit à me fuir. Ma vie sur l'Artiglio devint un véritable enfer. Je souffrais de devoir servir cet homme, le côtoyer continuellement alors que lui s'employait à mettre des distances entre nous sans m'expliquer pourquoi.
Il m'avait tout appris. La lecture, les sciences, l'escrime, l'art de soutirer des informations à quelqu'un, comment liquider un ennemi sans laisser la moindre trace. Puis il s'était lassé de moi, semblerait-il, lassé de me voir vieillir chaque jour, devenir plus grand, plus fort.
Je ne sais pas. Mais le fait est que mon existence devint insoutenable sur ce navire où bien qu'il m'ignorât, Alessandro se refusait toujours de me laisser partir. Je crois que je devins fou, si bien qu'une nuit, alors que nous nous trouvions à Myrajh et qu'Amoretti était parti s'abreuver de quelques putains, je quittai l'Artiglio, plus discret et silencieux qu'une ombre.

Je me vois encore fuyant à travers les ruelles sombres, évitant les ivrognes et profitant du rire gras des hommes qui s'amusaient dans les tavernes et les bordels pour courir sans attirer l'attention, sans faire le moindre bruit. Je ne sais pas pourquoi je l'ai fait. J'ignore pourquoi je me suis mis ainsi à courir loin de ce navire où j'ai tout appris, où j'ai passé presque la moitié de ma vie, loin d'Amoretti alors que toutes les cellules de mon corps me poussent vers lui.
Je pense qu'il m'a ensorcelé, que ses facultés de Vampire ne se limitent pas à la force et la rapidité, et quand je pense à toutes ces années que j'ai perdues auprès de cet homme à cause d'un quelconque sortilège du Malin, je n'éprouve plus que de la haine et un désir brûlant, viscéral, de plonger ma lame dans son coeur à jamais immobile.





Dernière édition par Eliott C. O'Phelan le Mar 4 Oct - 14:27, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: ELIOTT ҩ Il n'y a qu'un dieu. Le dieu de la mort. Et tu sais ce qu'on lui dit ? Pas aujourd'hui. [Validé]   Mar 4 Oct - 17:13

La fin est terriblement bâclée, mais j'ai terminé ma fiche !
J'espère que tout est en ordre. =3
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Narsèç Shernay

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MessageSujet: Re: ELIOTT ҩ Il n'y a qu'un dieu. Le dieu de la mort. Et tu sais ce qu'on lui dit ? Pas aujourd'hui. [Validé]   Sam 8 Oct - 20:30

Désolée pour le retard, vraiment '_'

La fiche est validée, tout est en ordre, l'histoire avec le capitaine Amoretti me plaît bien. Un personnage que j'ai hâte de voir en jeu =)

Have fun in Myrajh o/

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MessageSujet: Re: ELIOTT ҩ Il n'y a qu'un dieu. Le dieu de la mort. Et tu sais ce qu'on lui dit ? Pas aujourd'hui. [Validé]   

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ELIOTT ҩ Il n'y a qu'un dieu. Le dieu de la mort. Et tu sais ce qu'on lui dit ? Pas aujourd'hui. [Validé]

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